LES GENS QUI PASSENT…

LES GENS QUI PASSENT…
Une chanteuse blonde qui se trémoussait à moitié nue contre un cocotier et sur une plage paradisiaque disait : « les hommes qui passent, maman ».
En ce qui me concerne, de ma bulle vitrée je vois tout ce qui se passe dehors, alors qu’avec le contre-jour on ne voit pas toujours ce qui se trame, dedans.
Et ce que je vois, c’est les gens qui passent.
Ceux qui ralentissent, regardent de haut en bas la jolie façade avec les balcons en fer forgé , ses volets fermés et ma vitrine, et que je vois articuler « La To-quéééée-Du-bo-caaaaal ».
Ceux qui sourient, (et je lis ensuite sur leurs lèvres « c’est-Ri-Go-Looo »), ceux qui secouent la tête, blasés… ( «y a quoi ici », « on sait pas, on comprend rien »).
Ceux qui mettent les mains comme des indiens et regardent dedans, pointent du doigt – alors qu’on a tous appris que ce n’était pas poli de montrer avec le doigt- des choses, et il y en a beaucoup. Ils ne me voient pas, mais moi je les regarde et parfois, c’est assez drôle : ça grimace, ça s’émerveille, ça critique, ça hausse les épaules en faisant la gueule.
Ceux qui entrent quand la porte est ouverte alors que le restaurant est encore fermé.
Un jour un monsieur pas super détendu m’a dit « si c’est fermé, alors pourquoi la porte est ouverte : vous aérez ??? ».
Oui Monsieur, j’adore aérer, faire entrer la fraicheur du matin, l’odeur de la pluie ou le bleu du ciel !
Donc, parfois les gens entrent, et quand ils m’aperçoivent s’offrent à eux deux possibilités définies par le fameux SGA (Le syndrome général d’adaptation) dans sa phase n°1 (l’alerte) avec un choix pas simple : FUIR (accompagné du petit rire nerveux et d’un hasardeux « je visite, c’est très joli ! » ou COMBATTRE (si éventuellement je mordais : « la porte était ouverte hein, alors je suis rentré ! »).
Ceux qui voient la pancarte « Fermé » et que je regarde râler en lisant sur leurs bouches crispées que de toutes façons, ici, quand même c’est souvent pas ouvert!
Ceux qui regardent la carte dehors, et oui elle est courte, avec juste deux assiettes, deux desserts, et pas l’ombre d’un animal !! Alors on s’en va avec l’air consterné, parfois je crois voir onduler jusqu’à moi les humeurs agacées… (m’enfin bon sang de bonsoir, c’est pas ici qu’on va manger not’ canard confit !).
(On me dit dans l’oreillette que le végétarien est un être triste qui se nourrit uniquement de légumes bouillis et moches (souvent bio et de saison , quelle tristesse), qui milite pour la cause animale et fracasse les vitrines des boucheries ?!)
( ah, j’entends également que la carotte pourrait crier… !)
Voilà ce que je vois, quand j’épluche, émulsionne, touille, assaisonne.
Alors … levons les mystères et donnons quelques réponses à ces questions qui se suspendent toutes à ma vitrine.
Quand la porte est fermée, je vous vois quand même, et parfois c’est une journée où je vais galoper de 7h à 20h après le temps et avec mes baskets pour faire un buffet pour 80 personnes.
Quand j’aperçois les mines circonspectes devant ma carte, je rêverais d’avoir 4 bras et 4 jambes pour proposer un menu plus velu mais je continue pour le moment à courir toute seule et après moi, les courses, le ménage, la compta, la plonge, la cuisine, le service, l’encaissement, les sourires, et j’adore tout ça, et je remercie tous ceux qui me donnent à tour de bras leurs encouragements, leur compassion, leur fidélité, bonne humeur, empathie, amitié, amour, rage !
J’encourage tous ceux qui n’ont jamais pris le risque de manger végétarien (pour de vrai : je te jure que tu peux quand même passer une journée normale sans tourner de l’œil) à franchir cette porte (si par chance c’est un jour où elle n’est pas ouverte parce que j’aère pour le plaisir) et gouter : c’est pas juste des légumes, et TOUT est fait maison grâce à mes deux petits bras…
Horaires d’ouverture: du mardi au samedi, 12h/15h
Le vendredi soir, de juin à fin octobre, sauf si vraiment vous prenez l’habitude de venir nombreux en hiver?! : de 19h à 22h
J’encourage tous ceux qui n’ont jamais pris le risque de manger végétarien (pour de vrai : je te jure que tu peux quand même passer une journée normale sans tourner de l’œil) à franchir cette porte (si par chance c’est un jour où elle n’est pas ouverte parce que j’aère pour le plaisir) et gouter : c’est pas juste des légumes, et TOUT est fait maison grâce à mes deux petits bras…