Tu devrais ouvrir un resto

C’était pendant un cocktail avec *des gars que je connaissais peu, qui me connaissaient peu, et qui ont eu cette idée saugrenue et m’ont dit : « tu devrais ouvrir un resto ! ».
C’est un peu comme si on disait à un copain qui bichonne sa voiture « ben ouvre ta concession !»
Un truc simple et logique.
Évidemment j’ai dit mais noooooon ! ça va pas dans leurs têtes !! c’est pas mon métier !!
Mais quand même, enfin juste dans le doute quoi, au cas où… ça m’a prise comme ça sans prévenir un lundi…
J’ai cherché sur le jolicoin et 10 minutes après, j’ai trouvé un mange-debout hyper vintage et super jaune, puis j’en ai trouvé un autre (moins dingue: Ikea), et je suis allée les chercher tout de suite chez des gens que je ne connaissais pas, je les ai charriés tous les deux dans la foulée et jusqu’à mon local.
J’ai tout poussé, un vrai Tétris, j’ai tout re-rangé et j’ai mis ces deux petites tables pour voir ce que ça donnerait, entre 2 livraisons, d’accueillir des personnes pour leur servir mes repas végétariens.
Il fallait être super motivé et avoir envie d’être collé-serré avec le voisin (souvent la voisine) d’à côté et surtout n’avoir rien d’hyper personnel à raconter à sa copine, pour jouer le jeu et s’assoir ici.
Mais elles l’ont fait, certaines ont osé franchir le pas et s’installer dans l’intimité colorée et parfumée (samossas croustillants, veloutés de saison, poêlées de légumes, tartes aux fruits…) de cette toute petite salle (10m2, 2 tables, 6 chaises, et LA place des copines : au comptoir).
Et puis j’ai passé pas mal de quarts d’heure derrière mon petit rideau pour laisser ces courageuses papoter, j’ai trouvé assez étrange de les voir traverser ma (petite) cuisine pour aller faire pipi dans « mes » toilettes.
Mais j’ai essayé, et ça m’a plu.
Et l’occasion complètement inattendue s’est présentée et j’ai sauté.
Le pas, le mur, la marche, dans le vide, le ravin, d’un avion, quelle folie.
Rue de Vaure, il y avait ce local dans lequel j’ai flâné parfois quand il était rempli de rouleaux colorés de tissus à fleurs à carreaux à motifs à pois ou unis.
J’y avais acheté des tabliers pour cuisiner.
Jamais de la vie je n’aurais imaginé être un jour la locataire de ce lieu magnifique !
Et j’ai triplé ma surface (et mon loyer), alors j’ai recommencé à chercher des tables, des chaises, des lampes, des assiettes, des fourchettes, des grands verres, des petits.
J’ai trainé dans les vides greniers, sur le jolicoin, dans les placards de ma mère avec son joli linge de maison et les napperons de grand-mères.
J’ai usé et abusé de mes ami.e.s pour poser du placo, des cloisons, jouer du rouleau et peinturlurer partout, déménager mes affaires. J’ai enfin acheté des vrais frigos, une vraie caisse enregistreuse, un satané terminal CB.
J’ai engagé tous les abonnements possibles, imaginables et obligatoires, j’ai passé toutes les formations règlementaires, j’ai mis des extincteurs et placardé l’obligatoire Mariane , j’ai goûté du vin et découvert de la limonade, j’ai acheté des baskets, je pense faire 10 km par service, travailler 60h par semaine, lutter dans mon for intérieur pour ne pas baisser les bras parce que je suis fatiguée mais putain les gars (*ceux du début ), je l’ai fait : j’ai ouvert un resto.